Dimanche 12 mars
Lundi 13 mars

Aïniké (bonjour, en malinké)

Ces deux jours ont été placés sous le signe du balafon sacré (sosso bala ou bala sosso). Cet instrument de musique est enfermé dans une case dans un petit village nommé Nyagassola situé à 5 heures de piste de Siguiri. Il serait le premier balafon et daterait des années 1200 et n'est montré que rarement. Allions-nous le voir ? mystère. Laurent y tenait terriblement car ce sosso bala fait partie de la tradition et il voulait que les acrobates le découvrent. Mais pour cela il faut tout un cérémonial. Vous le raconter serait trop long, trop compliqué et difficile pour moi. 

Ce que je peux vous dire c'est que tout cela a démarré le dimanche matin par une réception à la Préfecture. Tout le monde a été accueilli par le préfet et les notables. Un maître de la parole (capable m'a-t-il dit de parler 72 heures sans s'arrêter) organise tout le cérémonial. Les jeunes acrobates sont venu faire quelques numéros et les musiciens jouer quelques morceaux. Un vieux notable s'est levé et a fait quelques pas de danse. C'est paraît-il bon signe pour l'ouverture de la case secrète contenant le balafon. En fin d'après-midi, Cabiné, le directeur de la troupe, a emmené tout le monde contempler l'arbre dans lequel il a débuté comme acrobate.

La journée de lundi a été très longue et très dure. Lever à 3 heures du matin pour un départ à quatre heures qui a eu lieu véritablement à 5h30. Petite anecdote du petit matin : au lever du soleil Laurent s'est arrêté pour faire un plan du convoi. Imaginez la scène : un village au lever du jour, de l'autre côté de la route la caméra, le soleil levant qui apparaît entre deux minarets. Tout est prêt pour un plan d'enfer au passage de la caravane. Le soleil monte de plus en plus et le car, malgré les appels incessants au talkie-walkie, n'arrive toujours pas. Il n'arrivera jamais car il est en panne de batterie à quelques kilomètres de là. Vous ne verrez donc jamais ce plan. Le cinéma est une histoire de cadre, de temps, et aussi de hasard... Le convoi reprend sa route vers huit heures pour arriver à Nyagassola vers 10 heures.

Et ça commence et recommence le cérémonial qui va durer quatre heures. Toujours pris en charge par le griot. C'est tour à tour des échanges entre les notables et le maître de la parole, des louanges, des incantations, des invectives, des chants de femmes, des discussions incessantes, des numéros d'acrobates, de danse. Il est aussi question d'argent. Il y a un côté mystère, magique chez les griots, mais aussi un côté mercantile.

Et là vous voulez savoir si, en fin de compte, le gardien de la case va ouvrir la case. Vous le saurez en allant voir le film de Laurent Chevallier qui sortira en 2001 je pense...

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