Février 99, Conakry - Le barrage du km 36 - Le Fouta Djalon - Ville de Dalaba - Ville de Pita - Route vers la "Forêt" - N'zérékoré - Village de Bossou - Village de Karana - Route vers la Haute Guinée - Le fleuve Djoliba - Ville de Kankan - De Kankan à Sigiri

De Kankan à Sigiri

Six heures de piste avec de nombreuses marches rocheuses. C'est presque de l'auto-cross.

Arrivée dans la ville de Sigiri ,chez Kabiné. Accueil dans sa famille, simple, touchant. Depuis Djembéfola, souvenirs, souvenirs...

Je retrouve Bakoro, une belle femme d'une cinquantaine d'années. Au temps de Sékou TOURÉ, elle était danseuse vedette dans la troupe de Sigiri, "La meilleure danseuse de toute la Guinée". Mais Bakoro ne put se rendre à Conakry pour y intégrer le Ballet National, le directeur de la troupe de Sigiri ayant acheté son mariage**
Son mari, le vieux Sidiki, est décédé depuis quatre ans et elle vit seule, modestement, avec ses derniers enfants.

Bakoro et Kabiné me conduisent à leur première salle de répétition. C'est un grand bâtiment en briques avec un toit en tôle ondulée. Il est à présent totalement envahi par la brousse. En contrebas, une rivière aujourd'hui desséchée. A l'époque, c'est là que "les jeunes venaient se recréer".

Sur la rive, un grand fromager. Kabiné a été le premier enfant à oser sauter du sommet de cet arbre dans la petite rivière.

" On allait voir les films de Tarzan et on faisait la reproduction. C'est comme ça qu'on a découvert l'acrobatie !" se souvient Bakoro.

Chez Kabiné, soirée en famille autour de la case. Lampe à pétrole, plat de riz, "sauce feuille"... Il a fait venir son frère. Ils veulent me conduire le lendemain à Kondianakoro, pour consulter leur grand karamoko. Pour Kabiné, le projet est en train de prendre beaucoup d'importance et il a peur que "des mauvais esprits se mettent en travers de notre route".

Arrivée au village. Le vieux féticheur a dû partir pour aller "laver" une fillette possédée par les djinns. Selon son fils qui garde la case : 
"Il devrait rentrer d'un jour à l'autre, cela dépendra de la gravité du problème".

Le frère de Kabiné reviendra dans une semaine consulter le grand karamoko pour qu'il nous assure la protection des bons esprits. Pour cela il devra lui apporter "le prix de l'oiseau". 
Kabiné m'explique que le karamoko a ses secrets.

"Il est très fort. Il fait ses préparations, il mélange des écorces, des plantes dont il a le secret. Il coud tout cela dans une petite poche en cuir. Un gri-gri si tu préfères. Ensuite, il l'attache à la patte d'un oiseau.

Tant que l'oiseau arrivera à voler, la troupe pourra voyager."

** C'était une pratique très courante sous l'ancien régime. Les directeurs de troupe avaient les pleins pouvoirs sur les enfants et faisaient pression sur leurs familles. Celles-ci, à la salutation : "Prêt pour la révolution ?", devaient invariablement répondre : "Elle est exigence". Donc si la révolution était exigence, les familles devaient laisser leurs enfants partir dans les bras des bureaucrates qui avaient toujours une belle et jeune danseuse "révolutionnaire" comme 2°, 3° ou 4° épouse, le maximum autorisé par la religion islamique, majoritaire en Guinée.

Février 99, Conakry - Le barrage du km 36 - Le Fouta Djalon - Ville de Dalaba - Ville de Pita - Route vers la "Forêt" - N'zérékoré - Village de Bossou - Village de Karana - Route vers la Haute Guinée - Le fleuve Djoliba - Ville de Kankan - De Kankan à Sigiri