Depuis plus de vingt ans, j'ai la chance de parcourir le monde, de vivre au coeur d'autres cultures, d'autres traditions, avec ma caméra.

En 1990, un de mes "voyages cinématographiques" m'avait amené en Afrique, plus précisément en Guinée. J'avais à l'époque suivi le retour dans son village de Mamady Keïta, un des grands maîtres percussionnistes africains, après une absence de vingt-six ans.

Durant le tournage de ce film - Djembéfola - j'eus le sentiment de vivre comme des moments magiques. A travers le retour de Mamady sur les lieux de son enfance, je retrouvais un peu plus, chaque jour, les émotions de mon adolescence. Celles auxquelles ma mère m'avait permis de goûter quand, après le départ de mon père, elle avait ouvert sa porte à B., son ami sénégalais. Ambiances, couleurs...

Plus que lors des tournages des films que j'avais réalisés auparavant sur d'autres continents, je me suis senti, durant ces semaines passées au cœur de la Guinée, totalement "immergé". Sans doute, ce ne fut pas sans conséquence sur le film lui-même : lors des projections en Guinée, Djembéfola provoqua beaucoup d'émotions, des réactions de liesse et de pleurs étonnantes.

C'est à cette occasion que je fis la rencontre de Telivel DIALLO, Directeur national de la Culture, devenu depuis un ami intime, un "frère de création". Cette rencontre, je le mesure aujourd'hui, a été décisive pour la suite de mes activités de cinéaste.

Telivel :

"Je le dis sincèrement : si je me sens aussi fortement engagé dans tes projets - et je l'ai dit depuis Djembéfola - c'est parce que c'est surprenant de voir dans le regard d'un Européen cette image positive de l'Afrique. Dans le contexte dans lequel Djembéfola a commencé à être filmé, c'était Sékou-Touré-le-dictateur, l'Afrique des Tyrans, la Guinée du retard absolu, l'arriération et ainsi de suite... Et toi, tu fais un film qui montre ce qu'on a fait, qui montre notre histoire au point que les Guinéens ont dit : ça c'est notre histoire. Il y en a qui ont pleuré ! Ça n'a pas été des incidents, ça a été un phénomène massif. Moi je me suis reconnu dans le film en me disant : voilà…"

Par la suite, Telivel me demandera de revenir en Guinée afin de l'aider à relancer le cinéma dans son pays.

Deux ans plus tard, à l'aide d'un financement de la C.E.E., nous mîmes en place un plan de formation technique qui me permit, par la suite, de réaliser un long métrage avec une équipe à majorité guinéenne. Ce fut L'Enfant Noir d'après le livre de Camara Laye ( sélectionné en 1995 à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes comme film guinéen ).

Telivel :

"Quand tu prends L'Enfant Noir, de la même façon, je n'ai pas vu une Guinée pauvre, une Guinée désespérée, une Guinée complètement apathique qui n'a pas d'espoir. J'ai vu un pays qui a ses problèmes comme n'importe quel autre pays. J'ai vu cet enfant comme un symbole, lui qui va à la conquête de la ville, et qui se plante et qui se relève, et qui se plante de nouveau et qui se redresse. C'est un peu notre histoire..."

Mon nouveau projet, Circus Baobab, prend naturellement sa place dans le cadre de cette complicité tissée au fil des ans avec Telivel, avec son pays et avec de nombreux artistes guinéens.

Plus généralement, il s'inscrit pour moi dans une démarche qui tend à associer un travail de création à une certaine forme d'engagement personnel.