Septembre 98, Conakry

En présence de Pierrot, de Kumbassa et de Kabiné, les chorégraphes guinéens, nous effectuons une première sélection des jeunes artistes les plus "élastiques" parmi toutes les troupes des quartiers de Conakry.

Ces jeunes ont entre 15 et 25 ans. Il y a huit filles et quinze garçons. Ils sont pour la plupart issus de familles nombreuses et sont en majorité analphabètes.

[ Pierrot Bidon présente Circus Baobab]

Ils pratiquent les percussions, la danse et l'acrobatie avec, comme on dit, "la rage de vivre" propre à ceux qui viennent de milieux défavorisés.

Telivel ( aux jeunes artistes concernés ) :

"Quelqu'un est venu nous dire, on va faire un cirque. Maintenant, il faut mettre ça en scène. Il va falloir travailler très dur. Il va falloir ouvrir les oreilles, ouvrir la tête, accepter que des gens travaillent avec nous, comprendre ce qu'ils nous demandent et aussi apporter ce que nous avons. Nous avons notre culture, nous avons notre façon de voir, nous avons nos contes, nos légendes. On va apporter ces choses, ils vont apporter les leurs et nous aurons notre cirque. Aujourd'hui, c'est le jour de la naissance et vous qui êtes là, vous êtes l'œuf du cirque. Alors, quand l'œuf est là, la poule se met sur l'œuf pour le chauffer jusqu'à ce qu'il y ait un poussin. Après, il faut nourrir le poussin, il faut le faire grandir, et après on a la poule ou le coq. Moi, je compte sur vous pour ça et vous pouvez compter sur moi ! Alors l'œuf que nous avons aujourd'hui nous donnera demain un coq dont nous serons tous fiers !"

Ces jeunes danseurs acrobates recevront une solide formation aux arts de la piste adaptée à leur premier spectacle. Le premier objectif attribué à cette troupe de jeunes citadins n'est pas de chercher à faire fortune à l'étranger mais de commencer sa carrière, de se rôder, par une tournée dans les différentes régions de Guinée, ( la trame du film... ), afin de s'enrichir des rencontres avec les artistes traditionnels dans leur milieu d'origine et d'exciter, en retour, l'énergie et la créativité de ces mêmes artistes.

Le thème sur lequel travailleront Pierrot et les chorégraphes guinéens s'inspirera d'une ancienne légende, la Légende du singe tambourinaire de l'ethnie bambara.

La légende du singe tambourinaire d'après M. Aïdarra, peintre-décorateur guinéen

Pierrot estime qu'avant de passer à la mise en scène, un an de formation au minimum est nécessaire : trapèze volant, jonglage, trampoline, sangles élastiques ( sur le thème "comment faire les singes" ! ).

Des ateliers devront également se monter pour préparer les camions, la cantine, le couchage, les costumes, les accessoires et les décors.

Notamment un immense baobab qui pourrait atteindre douze mètres de hauteur et qui devra, de toute façon, être démontable pour être transporté par camion, le long des pistes de la Guinée.

Ce baobab sera dressé sur les places des villages. Chaque soir, la place, le baobab et ses lianes, serviront d'espace scénique. Il n'y aura pas de chapiteau puisque la tournée est prévue en saison sèche. Le public sera convié autour de l'arbre. Tous en cercle, comme pour une fête traditionnelle. Durant la fête finale du tambour, il est fort probable que certains villageois-spectateurs entreront à leur tour au milieu du cercle :

"Quand tu entends l'appel du tam tam, ça commence à te gratter..."